Contre la réforme des retraites et la LPPR : le  5 mars, la recherche s'arrête
Imprimer

Bonin Hugo - CRESPPA - UMR 7217-CSU

Hugo Bonin

Docteur en science politique

CV-HB-English-2020


Domaines de recherche

  • Théories de la démocratie
  • Histoire des idées politiques
  • Philosophie politique britannique
  • Théorie politique
 

Thèse soutenue

Hugo Bonin, « Du régime mixte à la "vraie démocratie" : Une histoire conceptuelle du mot democracy en Grande-Bretagne, 1770-1920 », thèse pour le doctorat de science politique réalisée en cotutelle entre l’Université du Québec à Montréal et l’Université Paris 8, sous la direction de Francis Dupuis-Déri et d’Yves Sintomer, 1er octobre 2020.

Vilipendé à travers l’Occident, associé au désordre et à la foule, le mot democracy devient, au cours du 19e siècle, un synonyme de bon gouvernement. Combinant histoire conceptuelle, humanités numériques et théorie politique, cette thèse retrace les usages britanniques de ce terme. Pour ce faire, différentes sources (débats parlementaires, traités politiques, ouvrages de référence, presse périodique) et outils méthodologiques (questionnement analytique, textonométrie) sont mobilisés. L’analyse se concentre sur quatre moments clefs, correspondant à des crises politiques internes et externes de la Grande-Bretagne, marqués par un emploi intensif du vocabulaire démocratique. En examinant les principaux sens dénotatifs et connotatifs de democracy en Grande-Bretagne entre 1770 et 1920, cette thèse met en relief une transition : celle d’un imaginaire politique britannique structuré par la théorie du gouvernement mixte à un régime parlementaire considéré comme démocratique.

Au début du premier intervalle, qui s’étend de 1775 à 1801, democracy est un terme peu commun dans la sphère politique britannique. Trois sens essentiels sont dégagés : le mot désigne un régime politique populaire, une société aux tendances égalitaires et le peuple compris comme les classes populaires. Dans son sens politique, un topique particulier de democracy émerge, propre à la Grande-Bretagne. Dans le cadre de l’influente théorie du gouvernement mixte, les Communes sont conçues comme l’élément démocratique du régime britannique, aux côtés des Lords aristocratiques et de la Couronne monarchique. Toutefois, suite à l’indépendance étatsunienne, la naissance du mouvement réformiste britannique et surtout la Révolution française, democracy voit sa connotation négative renforcée. Le vocabulaire démocratique est majoritairement l’apanage des forces conservatrices, qui l’utilisent pour discréditer les réformistes. Ce faisant, l’opposition entre democracy et monarchy se maintient.

Dans le second épisode, qui va de 1827 à 1852, le mot democracy est surtout employé par contraste avec aristocracy. Dans le cadre des débats sur le Reform Act de 1832, qui vise à élargir l’électorat, les conservateurs accusent encore leurs adversaires de vouloir renverser le régime mixte par un influx démocratique trop grand. A contrario, whigs et radicaux défendent la mesure précisément au nom d’un équilibre constitutionnel à préserver. Si certaines forces politiques s’approprient le terme de manière positive (radicaux, utilitaristes et surtout chartistes), le qualificatif reste peu appliqué pour caractériser la Grande-Bretagne. L’exemple de la démocratie étatsunienne tend toutefois à généraliser l’usage de democracy comme type de société égalitaire — même si les sens de régime politique et groupe social perdurent.

Entre 1865 et 1890, le passage du Second Reform Act (1867) permet de voir que si la théorie du régime mixte n’est plus prégnante, l’élite britannique n’embrasse pas pour autant la democracy. Libéraux comme conservateurs l’associent au règne de la populace et de la class legislation. Ils valorisent plutôt un régime parlementaire visant à l’équilibre entre toutes les classes sociales. Un changement s’amorce dans les années 1880, quand conservateurs et socialistes en viennent à se dire democrats. Face à la montée de la plutocracy, le terme est de plus en plus utilisé de manière positive en référence à la société britannique, considérée comme égalitaire.

Finalement, une analyse des usages de democracy de 1904 à 1914 révèle le chemin parcouru. Si les trois sens du mot (régime, société, groupe) sont toujours présents, la connotation en est à présent méliorative. Pour preuve, tant dans les débats sur le pouvoir des Lords que sur le suffrage féminin, des adversaires aux perspectives diamétralement opposées se réclament de la démocratie. Suite à la Première Guerre mondiale, il est incontestable que democracy est devenue une bannière derrière laquelle toutes les forces politiques se rallient — chacun-e prétendant posséder la vraie définition.

Cette thèse permet donc de souligner l’appropriation tardive de democracy par les forces politiques britanniques, à contraster avec les cas français et étatsuniens, qui adoptent l’étiquette démocratique beaucoup plus tôt. Elle démontre également la persistance d’une opposition conceptuelle forte entre régime mixte et democracy, puis entre cette dernière et le gouvernement parlementaire. Elle atteste du quasi-monopole conservateur sur le vocabulaire démocratique durant la période étudiée, tout en signalant la dichotomie oubliée entre people et democracy au même moment. Ces résultats permettent de remettre en cause la lecture téléologique de la démocratisation britannique opportunément amenée par plusieurs approches tant historiques que théoriques de cette question.

Mots clés : démocratie ; Grande-Bretagne ; parlementarisme ; histoire conceptuelle ; textonométrie.

 

Publications

Ouvrages

Hugo Bonin La démocratie hasardeuse : essai sur le tirage au sort en politique, Montréal, (Québec) : XYZ éditeur, 2017 - 155 p.

Il est presque devenu cliché de parler de la « crise de la démocratie » que traversent les sociétés occidentales. Les femmes et les hommes politiques sont désormais perçus comme une caste de privilégiés au service des grandes entreprises et du monde de la finance. La corruption rend les citoyens de plus (...) Lire la suite...



 

Chapitres d’ouvrages

  • 2020, « La Begriffsgeschichte à l’heure du tournant digital : potentiels théoriques et défis pratiques », dans Les historiens et la textonométrie : héritages et tendances contemporaines, Stéphane Lamassé, Octave Julien et Léo Dumont (dir.), Paris : Éditions de la Sorbonne, 15 p. (sous-presse).
 

Articles

  • 2020, avec Anna Plassart, « Democratic Struggle or National Uprising ? The Canadian Rebellions in British Political Thought, 1835–1840 », Global Intellectual History, 19 p., https://doi.org/10.1080/23801883.2020.1711530
  • 2019, avec Francis Dupuis-Déri, « Quelle approche pour quelle histoire des idées politiques ? », Revue française d’histoire des idées politiques, 49, p. 273-303, https://doi.org/10.3917/rfhip1.049.0273
  • 2017, « Sur la "nature" du tirage au sort en politique : Dialogue entre hasard et élection », Politique et Sociétés, 36(1), p. 3-23, https://doi.org/10.7202/1038758ar.
  • 2016, « "It’s a Student Strike but a People’s Struggle" : Class in the 2012 Québec’s "Maple Spring" », Journal of Labor & Society, 19(3), p. 341-357, https://doi.org/10.1111/wusa.12246.
 

Autres articles

  • 2020, avec Simon Baeckelandt, « Le climat, le citoyen et la convention », Nouveau Projet, 18.
  • 2019, « La démocratie mort-née », Nouveau Projet, 15, p. 143-146.
  • 2016, « L’élection, horizon de la démocratie ? », Relations, n°785, juillet-août 2016, p. 33-34.
  • 2013, « The DOs and DON’Ts of the Québec Student Strike », Canadian Dimension, vol. 47, #1, 25-26, janvier-février 2013.
 

Comptes rendus

  • 2016, « Le principe démocratie : Enquête sur les nouvelles formes du politique - Albert Ogien et Sandra Laugier », Politique et Sociétés, 35(2-3), p. 281-282. DOI : http://dx.doi.org/10.7202/1037026ar.
  • 2015, « The Democratic Imagination : Envisionning Popular Power in the 21st Century - James Cairns et Alan Sears », Revue française de science politique, 65(2), p.340-341.
   

Communications

Communications scientifiques
  • avec Simon Baeckelandt, « Flying Without Instruments ? Current Redesigning of the French Economic, Social and Environmental Council  », European Consortium for Political Research, en ligne, août 2020.
  • « Democracy in Britannia : British Reception of Tocqueville’s Democracy in America, 1835-1870 », 1st Annual Graduate Conference in Intellectual History, Institut universitaire européen, Florence, janvier 2020.
  • « “The world resists the despotism of a democracy equally with the despotism of an aristocracy” : ‘Democracy’ and the Anti-Corn Law League, 1838–1848 », North-eastern Conference on British Studies, McGill University, octobre 2019.
  • avec Anna Plassart, « Democratic Struggle or National Uprising ? The Canadian Rebellions in British Political Thought, 1835–1840 », 22nd International Conference on Conceptual History, El Colegio de México, juillet 2019.
  • « Intellectual History from Below ? Applying Corpus Linguistic Tools to the 19th Century British Periodical Press », Association for Computers and Humanities Conference, Pittsburgh, juillet 2019.
  • « Between Panacea and Poison : ‘Democracy’ in British Socialist Thought, 1881–1891 », 10th London Graduate Conference in the History of Political Thought, University College London, juin 2019.
  • « La Begriffsgeschichte à l’heure du tournant digital : potentiels théoriques et défis pratiques », Colloque « Histoire, langues et textonométrie », Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, janvier 2019.
  • « Émile-Honoré Cazelles, traducteur, républicain et préfet : Le cas des Chapitres sur le socialisme de J. S. Mill », avec Vincent Guillin, Journée d’étude « Traduire la politique en Europe au XIXe siècle », IHMC-ENS, novembre 2018.
  • « Médecin, traducteur et haut-fonctionnaire : Émile-Honoré Cazelles, entre engagement politique, propagande philosophique et carrière administrative », avec Vincent Guillin, Colloque international de la Société Française pour les Sciences de l’Homme (SFHSH), EHESS, septembre 2018.
  • « ‘From Antagonist to Protagonist’ : ‘Democracy’ and ‘People’ in British Parliamentary Debates, 1770-1920 », Colloque « The Will of the People », Bath Spa University (Royaume-Uni), juin 2018.
  • « La grève de 2012 comme expérience plébéienne », Séminaire du Centre d’étude en pensée politique (CEPP), Université du Québec à Montréal, novembre 2016.
  • « Le défi démocratique et la question du tirage au sort », 8e colloque sur la participation citoyenne, Congrès de l’ACFAS, Université du Québec à Rimouski, mai 2015.
  • « Démocratie et hasard : le tirage au sort au XXIe siècle », Colloque de recherche étudiante en science politique, Université de Sherbrooke, avril 2015.
Communications publiques
  • « Le tirage au sort, l’avenir de la démocratie ? », Collège Laflèche, Trois-Rivières, septembre 2018.
  • « Tirage au sort, démocratie, mobilisations : théories et pratiques », Réseau d’action sociopolitique (RASP) de la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ), Trois-Rivières, novembre 2017.
 

Expérience de la recherche

• 2020, chercheur vacataire, avec Simon Baeckelandt, Zélie Wüthrich, Hélène Landemore et Yves Sintomer, « Évaluation du groupe citoyen associé à l’avis “Générations Nouvelles” », Conseil économique, social et environnemental (CESE), en partenariat avec le CRESPPA-CSU (CNRS) et l’Université Paris VIII, Paris, janvier-juillet 2020.

• 2016-2020, assistant de recherche, Vincent Philippe Guillin, « La réception française de John Stuart Mill », UQAM, depuis mai 2016.

• 2018, assistant de recherche, Bruno Leipold, « Imperative mandate in France », Institut universitaire européen, Florence, mai 2018.

• 2012-2013, assistant de recherche, Martin Breaugh, département de science politique, Université de York, Toronto, septembre 2012 à avril 2013.

• 2012, assistant de recherche, Geneviève Rail, Institut Simone de Beauvoir, Université de Concordia, Montréal, mai à août 2012.

 

Animation de la recherche

- Organisateur du panel « Reassessing Democratic & Antidemocratic Discourses in Post-1832 Britain », North-eastern Conference on British Studies, McGill University, octobre 2019.

- Organisateur du panel « Building a Left Wing Student Movement in the Face of Austerity », Historical Materialism Conference, Université de York, mai 2014.

- Assistant à l’organisation du colloque « The Political Uses of Utopia », département de science politique, Université de York, avril 2013.

 

Enseignement

  • Chargé de cours, département de sciences politiques, UQAM, cours POL-1001, « Initiation à la science politique », septembre à décembre 2019, 45 h.
  • Stagiaire, département de sciences sociales, Collège Ahuntsic, cours « Idéologies et régimes politiques », août à décembre 2014, 45 h.
  • Auxiliaire d’enseignement, département de pédagogie, UQAM, cours DDD3651, « Application des technologies de l’information et la communication en enseignement », mai à juin 2014, 45 h.
 

Formation universitaire

  • Depuis 2015 : Doctorat en science politique, Université du Québec à Montréal & Université Paris-8 Vincennes - Saint-Denis
    - Concentration : Pensée et théorie politiques
    - Titre de thèse : : Du régime mixte à la « vraie démocratie » : Une histoire conceptuelle du mot democracy en Grande-Bretagne, 1770-1920
    - Directeurs : Professeur Francis Dupuis-Déri
    Professeur Yves Sintomer.
  • 2014 : Programme court 2e cycle en pédagogie de l’enseignement supérieur, Université du Québec à Montréal
  • 2013 : Maîtrise en science politique, Université de York, Toronto
    - Concentration : Théories politiques
    - Mémoire : « Le combat est avenir » : The Québec Student Strike as a Plebeian Experience.
    - Directeur : Professeur Martin Breaugh
  • 2012 : Certificat en études féministes, Université de Concordia, Montréal
  • 2011 : Baccalauréat en science politique, Université du Québec à Montréal
    - Baccalauréat obtenu avec mention d’excellence
 

Distinctions

Bourses

- 2016-2019 – Bourse d’études supérieures du Canada en l’honneur de Nelson Mandela – Conseil de recherche en sciences humaines – 35 000$ par an
- 2015-2018 – Bourse de doctorat en recherche – Fond de recherche du Québec, Société et culture – 20 000$ par an
- 2015-2016 – Bourse d’excellence – Département de science politique, UQAM – 12 000$
- 2012 – Graduate Excellence Scholarship – York University – 10 000$

Prix

- 2020 – Gagnant du moi de mai, Relève étoile Paul-Gérin-Lajoie du FRQ-SC pour l’article « From Antagonist to Protagonist : ‘Democracy’ and ‘People’ in British Parliamentary Debates, 1775-1885 »
- 2016 – Gagnant, concours « Jeunes voix engagées » de la revue Relations pour le texte « L’élection, horizon de la démocratie ? » – 500 $
- 2015 – 1er prix, concours de vulgarisation de l’ACFAS pour le texte « Tirer au sort nos députés pour renouveler la démocratie » – 1250$